Louer un bien immobilier n’est pas qu’une affaire de loyer encaissé chaque mois. C’est un contrat encadré strictement par la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, qui fixe un équilibre précis entre ce que le propriétaire doit fournir et ce qu’il peut exiger en retour. Un bailleur qui ignore ces règles s’expose à des sanctions, à un bail fragilisé, voire à des loyers impayés difficiles à récupérer. Ce guide fait le tour complet de vos obligations, de vos droits, et des zones grises qui créent le plus de litiges : le DPE, l’accès au logement, et la fameuse question du « qui paie quoi ».
La loi de 1989, renforcée depuis par les lois ALUR (2014), Élan (2018) et Climat et Résilience, impose au bailleur quatre obligations principales : délivrer un logement décent, l’entretenir, garantir une jouissance paisible du bien, et respecter des formalités administratives précises.
Un logement décent doit répondre à des critères fixés par le décret du 30 janvier 2002 : surface minimale, absence de risques pour la sécurité ou la santé, présence d’équipements de base (chauffage, eau, sanitaires). Depuis 2023, un cinquième critère s’est ajouté : la performance énergétique.
C’est le point que la plupart des guides sur le sujet expliquent mal, alors qu’il conditionne directement le droit de louer. Voici le calendrier exact, confirmé par les textes en vigueur :
| Classe DPE | Interdiction de location | Logements concernés |
|---|---|---|
| G | Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025 | Environ 600 000 biens |
| F | À partir du 1ᵉʳ janvier 2028 | Environ 1 million de biens |
| E | À partir du 1ᵉʳ janvier 2034 | Plusieurs millions de biens |
Concrètement, un logement classé G ne peut plus faire l’objet d’un nouveau bail, ni d’un renouvellement, ni d’une reconduction tacite depuis janvier 2025. Le locataire dont le logement devient non décent pour ce motif peut saisir le juge des contentieux de la protection pour exiger des travaux, voire une réduction de loyer. Pour un propriétaire, la meilleure stratégie consiste à faire réaliser un DPE à jour dès qu’un doute existe sur le classement, avant même de publier une annonce.

Le propriétaire doit délivrer le logement en bon état d’usage et de réparation, puis l’entretenir pendant toute la durée du bail. Concrètement, cela signifie qu’il prend en charge :
Un exemple fréquent illustre bien la limite : une chaudière qui tombe en panne après quinze ans d’usage relève de l’entretien du propriétaire, car elle a atteint sa durée de vie normale. Un robinet qui fuit à cause d’un joint usé, en revanche, reste une réparation locative à la charge du locataire.
Le propriétaire peut-il entrer dans le logement loué ? Non, sauf exceptions précises. Une fois le bail signé, le logement devient le domicile du locataire. Le bailleur ne peut pas s’y introduire sans son accord, même pour de simples travaux d’entretien.
Les seules situations où un accès est possible :
En dehors de ces cas, entrer sans autorisation constitue une violation de domicile, sanctionnée pénalement. Il est recommandé d’intégrer une clause d’accès claire dans le contrat de bail, précisant les délais de prévenance pour les visites liées à une vente ou une relocation, afin d’éviter tout malentendu en fin de bail. Sur ce point, les obligations réciproques du locataire sont détaillées dans notre article dédié aux droits et obligations du locataire, utile pour anticiper les tensions avant qu’elles n’apparaissent.
Avant la signature, le propriétaire doit fournir un Dossier de Diagnostic Technique (DDT) annexé au bail : DPE, diagnostic électrique et gaz si l’installation a plus de 15 ans, état des risques naturels et technologiques, et constat de risque d’exposition au plomb pour les logements anciens.
Pendant la location, il doit établir une quittance de loyer à chaque paiement si le locataire la demande, gratuitement. C’est une obligation simple, souvent négligée, mais elle constitue une preuve essentielle en cas de litige sur un impayé.
En contrepartie de ces obligations, la loi accorde au bailleur des droits solides pour sécuriser son investissement.
Le propriétaire perçoit le loyer convenu au bail, ainsi que les charges récupérables (entretien des parties communes, taxe d’enlèvement des ordures ménagères). Le loyer peut être révisé chaque année, à date anniversaire, en appliquant l’Indice de Référence des Loyers (IRL) publié trimestriellement par l’INSEE. Cette révision doit être prévue par une clause du bail : sans clause, aucune augmentation n’est possible en cours de contrat.
Le dépôt de garantie est plafonné par la loi : un mois de loyer hors charges pour une location vide, deux mois pour une location meublée. Il est restitué dans un délai d’un mois si l’état des lieux de sortie est conforme à l’entrée, et de deux mois en cas de différences justifiant des retenues.
Pour se prémunir contre les impayés, le bailleur peut également exiger une caution solidaire (un garant physique) ou souscrire une garantie loyers impayés (GLI). Il existe aussi une alternative gratuite pour de nombreux profils de locataires, que nous détaillons dans notre guide sur la garantie Visale et la caution locative gratuite, une option de plus en plus utilisée par les jeunes actifs et les étudiants.
Le propriétaire ne peut pas mettre fin au bail librement. Le congé doit reposer sur l’un des trois motifs suivants, avec un préavis de six mois avant l’échéance du bail (location vide) :
| Motif du congé | Condition principale |
|---|---|
| Congé pour vendre | Le locataire bénéficie d’un droit de préemption sur le logement |
| Congé pour reprise | Le propriétaire ou un proche (conjoint, ascendant, descendant) doit occuper le logement comme résidence principale |
| Motif légitime et sérieux | Manquement grave du locataire (impayés répétés, troubles de voisinage constatés) |
Un congé mal motivé, envoyé hors délai, ou ne respectant pas le formalisme (lettre recommandée avec accusé de réception ou acte d’huissier) peut être annulé par le juge, prolongeant la location contre la volonté du bailleur.

C’est la question la plus litigieuse en fin de bail, et la moins bien expliquée par les guides généralistes. La règle est simple à énoncer, plus délicate à appliquer : la vétusté est à la charge du propriétaire, la dégradation à la charge du locataire.
La vétusté correspond à l’usure normale du temps et de l’usage courant. La dégradation résulte d’un mauvais entretien ou d’un acte du locataire. Deux exemples concrets permettent de trancher la plupart des cas :
| Situation | Vétusté (propriétaire) | Dégradation (locataire) |
|---|---|---|
| Peinture murale | Jaunie après 8 ans d’occupation | Tâchée par négligence ou dessins d’enfants |
| Chaudière | Panne liée à l’âge de l’appareil | Panne due à un défaut d’entretien annuel |
| Robinetterie | Joint usé par le temps | Casse due à un choc |
| Moquette | Fibres tassées par l’usage normal | Trous de cigarette ou taches profondes |
Le décret n° 87-712 du 26 août 1987 liste précisément les réparations locatives incombant au locataire : entretien courant, menues réparations, remplacement des joints et petites pièces d’usure. Tout ce qui dépasse ce périmètre, ou qui relève du gros entretien, reste à la charge du propriétaire. Une grille de vétusté annexée au bail, avec des taux de dépréciation par catégorie d’équipement, évite la plupart des désaccords lors de l’état des lieux de sortie.
En cas de désaccord (loyer impayé, travaux contestés, restitution du dépôt de garantie), la procédure suit un ordre précis :
Un bail comportant une clause résolutoire permet d’accélérer la procédure en cas d’impayés, puisqu’elle prévoit la résiliation automatique du contrat après un commandement de payer resté sans effet pendant deux mois.
Un propriétaire qui maîtrise ses obligations légales protège autant son locataire que son propre investissement. Avant chaque signature, gardez ce réflexe en tête : logement décent et énergétiquement conforme, entretien assuré, jouissance paisible garantie, et formalités administratives à jour. En échange, la loi vous protège sur le loyer, les garanties financières, et les conditions de reprise du bien.
Un propriétaire peut-il refuser un dossier de location sans motif ? Non. La loi interdit certains critères de refus (origine, situation familiale, état de santé). Un refus doit reposer sur des garanties financières insuffisantes, appréciées de façon objective.
Le propriétaire doit-il assurer le logement qu’il loue ? Ce n’est pas une obligation légale directe, mais fortement recommandé. C’est le locataire qui est tenu de s’assurer, mais une assurance propriétaire non occupant (PNO) couvre les risques non pris en charge par celle du locataire.
Que risque un propriétaire qui ne respecte pas ses obligations de décence ? Le locataire peut demander au juge d’imposer des travaux, suspendre le paiement du loyer partiellement, ou obtenir une réduction du loyer jusqu’à mise en conformité.