MaPrimeRénov’ Copropriété est une aide financière versée par l’Anah au syndicat des copropriétaires. Elle finance entre 30 % et 45 % du montant HT des travaux de rénovation énergétique réalisés sur les parties communes d’un immeuble collectif, à condition d’atteindre un gain énergétique d’au moins 35 %. Ce guide détaille les conditions d’éligibilité, les montants applicables en 2026, les étapes de la demande et les aides cumulables, avec un exemple chiffré complet.
MaPrimeRénov’ Copropriété est une subvention collective de l’Anah (Agence nationale de l’habitat), destinée à financer les travaux d’économie d’énergie réalisés sur les parties communes d’un immeuble en copropriété. Contrairement à MaPrimeRénov’ individuelle, elle ne cible pas un logement précis mais l’ensemble du bâtiment.
L’aide est demandée et perçue par le syndic, pour le compte du syndicat des copropriétaires, quelle que soit la situation de chaque copropriétaire (occupant, bailleur, résidence secondaire). Une fois les travaux terminés et l’aide versée, le syndic répartit la somme entre les copropriétaires au prorata de leur quote-part de charges, exprimée en tantièmes ou millièmes. Ce mode de fonctionnement simplifie fortement le dossier : un seul dépôt de demande, une seule décision de versement, une seule répartition à effectuer ensuite.
Trois facteurs poussent les copropriétés à agir maintenant. D’abord, la loi Climat et Résilience interdit progressivement la location des logements classés F et G au DPE (les « passoires thermiques »), ce qui touche directement la valeur locative des lots. Ensuite, toutes les copropriétés construites avant 2013 doivent disposer d’un DPE collectif depuis le 1er janvier 2026, un document qui conditionne désormais l’accès à plusieurs aides et l’élaboration du plan pluriannuel de travaux (PPPT). Enfin, la hausse durable des prix de l’énergie rend les travaux rentables plus rapidement qu’il y a dix ans, ce qui change le calcul économique pour beaucoup de copropriétaires réticents.
Pour être éligible, une copropriété doit remplir cinq conditions cumulatives :
L’immatriculation au Registre national des copropriétés n’est pas une formalité optionnelle : sans numéro d’immatriculation valide, le dossier est automatiquement rejeté par l’Anah, quelle que soit la qualité du projet technique. Le seuil de résidences principales a été assoupli le 1er janvier 2024, passant de 75 % à 65 % pour les petites copropriétés de 20 lots ou moins, afin de ne pas exclure les immeubles avec une part significative de bailleurs.
Le gain énergétique minimal exigé est de 35 %, mesuré par un audit énergétique réalisé avant travaux. Une expérimentation est actuellement ouverte pour les petites copropriétés (20 lots d’habitation maximum, au moins 65 % de résidences principales) qui ne peuvent pas atteindre ce seuil : un gain de 15 % seulement peut y être accepté. C’est une information rarement mentionnée mais utile pour les immeubles anciens aux contraintes techniques ou patrimoniales fortes (façade classée, copropriété enclavée, etc.).
Depuis la réforme de 2020, le recours à une Assistance à Maîtrise d’Ouvrage (AMO), aussi appelée Mon Accompagnateur Rénov’ (MAR) en copropriété, est obligatoire pour déposer un dossier. L’AMO est une structure distincte du syndic — bureau d’études thermiques ou opérateur partenaire de France Rénov’ — chargée de construire le projet technique, de rédiger le cahier des charges, de mettre en concurrence les entreprises RGE et de monter le dossier Anah. Son coût est plafonné à 1 000 € HT par logement, avec un plancher de 3 000 € pour les petites copropriétés, et il est partiellement subventionné par l’Anah. Pour les travaux dépassant 100 000 €, une mission de maîtrise d’œuvre complète, réalisée par un professionnel, est également exigée en plus de l’AMO.
Le taux de financement dépend directement du gain énergétique obtenu après travaux : 30 % du montant HT des travaux pour un gain d’au moins 35 %, et 45 % pour un gain d’au moins 50 %. Le montant de travaux pris en compte est plafonné à 25 000 € HT par logement.
| Gain énergétique après travaux | Taux de financement de base | Prime maximale (plafond 25 000 €/logement) |
|---|---|---|
| 35 % à 49 % | 30 % | 7 500 € |
| 50 % et plus | 45 % | 11 250 € |
| Copropriété fragile* + sortie de passoire thermique | jusqu’à 75 % au total | jusqu’à 18 250 € |
*Une copropriété est dite « fragile » lorsque son taux d’impayés de charges atteint au moins 8 % du budget voté de l’année N-2.
Deux bonus viennent s’ajouter au taux de base. Le premier, de 10 %, récompense la sortie du statut de passoire thermique : l’immeuble doit passer d’une classe F ou G à une classe D minimum au DPE. Le second, de 20 %, cible spécifiquement les copropriétés fragiles ou en difficulté. Ce bonus de 20 % n’est en revanche pas cumulable avec les Certificats d’Économie d’Énergie (CEE) : il faut arbitrer entre les deux selon ce qui est le plus avantageux pour le projet.
En plus de l’aide collective, chaque copropriétaire aux revenus modestes touche une prime individuelle forfaitaire de 1 500 €, et chaque copropriétaire très modeste une prime de 3 000 €. Ces primes sont versées directement au ménage concerné, via une enquête sociale menée en amont, indépendamment du montant de l’aide collective. Ce mécanisme se distingue des primes par geste de .
Exemple chiffré : une copropriété de 10 lots
Prenons une résidence fictive de 10 logements, tous occupés en résidence principale, immatriculée au RNC et construite en 1985. Le projet porte sur l’isolation thermique par l’extérieur et le remplacement de la chaudière collective, pour un budget de 220 000 € HT, soit 22 000 € par logement — sous le plafond de 25 000 €.
Premier scénario : l’audit prévoit un gain énergétique de 42 %. Le taux applicable est de 30 %, soit une aide Anah de 66 000 € (30 % × 220 000 €), répartie ensuite selon les millièmes de chaque lot — en moyenne 6 600 € par logement, mais pas de façon strictement égale si les tantièmes diffèrent.
Second scénario : en ajoutant une pompe à chaleur plus performante, le projet atteint 52 % de gain énergétique. Le taux passe alors à 45 %, portant l’aide à 99 000 € — soit 33 000 € de plus que dans le premier scénario, pour un surcoût de travaux généralement bien inférieur à cet écart d’aide.
Sur ces 10 lots, si 3 ménages sont classés modestes et 2 très modestes, ils touchent en plus 3 × 1 500 € + 2 × 3 000 € = 10 500 € de primes individuelles, cumulables avec l’aide collective. Le reste à charge, une fois l’aide Anah déduite, peut être financé via un éco-PTZ collectif, sans avance de trésorerie individuelle.

Voici les cinq étapes qui structurent un dossier MaPrimeRénov’ Copropriété, de la première idée jusqu’au versement de l’aide.
C’est l’un des points les plus mal expliqués sur le sujet, alors qu’il détermine si une décision d’AG peut être annulée en justice. Les travaux d’économies d’énergie relèvent, par principe, de la majorité absolue de l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965 — c’est-à-dire la majorité de toutes les voix du syndicat, y compris celles des copropriétaires absents.
| Article | Majorité requise | Application aux travaux énergétiques |
|---|---|---|
| Article 24 | Majorité des voix exprimées des présents, représentés ou votants par correspondance | Vote des études préalables (audit, DTG) |
| Article 25 | Majorité de toutes les voix du syndicat, présents et absents | Vote de principe des travaux d’économies d’énergie |
| Article 25-1 (passerelle) | Majorité de l’article 24, si le premier vote a recueilli au moins un tiers des voix de tous les copropriétaires | Second vote immédiat, en cas d’échec du vote à la majorité absolue, lors de la même assemblée |
Cette « passerelle » de l’article 25-1 a été supprimée en 2019 puis réintroduite par la loi Habitat Dégradé du 9 avril 2024, après avoir été critiquée par les professionnels du secteur qui la jugeaient indispensable pour débloquer des projets soutenus par une minorité significative de copropriétaires. Erreur fréquente à éviter : certains syndics appliquent par réflexe la double majorité de l’article 26, réservée aux transformations lourdes de l’immeuble, alors que de simples travaux d’isolation ou de changement de chaudière collective relèvent de l’article 25. Vérifier le bon fondement juridique avant la convocation évite une contestation ultérieure de la décision.

MaPrimeRénov’ Copropriété se cumule avec plusieurs autres dispositifs, dans la limite légale de 80 % du montant TTC des travaux pour l’ensemble des aides publiques et privées perçues.
Les CEE sont cumulables avec MaPrimeRénov’ Copropriété, sauf lorsque la copropriété bénéficie déjà du bonus de 20 % réservé aux copropriétés fragiles : dans ce cas précis, il faut choisir entre les deux, le bonus fragile étant alors valorisé directement par l’Anah plutôt que par un opérateur CEE.
L’éco-prêt à taux zéro collectif permet de financer le reste à charge sans intérêts, jusqu’à 30 000 € par logement pour des travaux combinant au moins trois actions de rénovation, et jusqu’à 50 000 € par logement pour une rénovation globale. Depuis 2024, ce prêt est facilité par une notification d’engagement de l’Anah transmise directement aux banques partenaires, ce qui accélère l’instruction du dossier de financement.
Certaines régions, départements ou métropoles proposent des aides complémentaires à la rénovation énergétique en copropriété, avec des montants et conditions propres à chaque territoire. Il est recommandé de vérifier ces dispositifs auprès de l’Espace conseil France Rénov’ local avant de finaliser le plan de financement, car ils entrent dans le calcul du plafond global de 80 %. Les travaux de rénovation énergétique bénéficient par ailleurs d’une TVA à taux réduit de 5,5 %, ce qui allège mécaniquement le montant total à financer.
Certaines erreurs reviennent régulièrement et retardent ou compromettent des dossiers pourtant solides sur le plan technique :
La loi de finances 2026 a acté la réouverture complète des guichets MaPrimeRénov’ pour l’ensemble des parcours et des profils de revenus, sans modifier les règles ni les taux applicables à la version Copropriété. Ce point mérite d’être souligné : lors des suspensions budgétaires qui ont touché le Parcours accompagné individuel, le volet Copropriété a généralement continué à fonctionner sans interruption, les deux dispositifs répondant à des lignes budgétaires distinctes.
Autre nouveauté à surveiller : jusqu’au 31 décembre 2026, l’installation ou le renouvellement d’une chaudière gaz peut être intégré dans le calcul du gain énergétique global pour atteindre le seuil des 35 %, sans que le coût de cet équipement soit lui-même subventionné. C’est une tolérance temporaire, utile pour des copropriétés dont le projet global peine à atteindre le seuil autrement, mais elle ne doit pas être confondue avec un financement de la chaudière elle-même.
Enfin, plusieurs pistes de réforme circulent au niveau parlementaire — relèvement du plafond de travaux à 40 000 € par logement, renforcement du bonus BBC, conditionnement de l’aide à l’atteinte des classes A ou B du DPE. Ces évolutions ne sont, à ce stade, que des propositions d’amendement et n’ont pas été adoptées : elles ne doivent pas être anticipées dans un plan de financement actuel, mais elles donnent une indication de la direction que pourrait prendre le dispositif dans les prochaines lois de finances.
Comment fonctionne MaPrimeRénov’ Copropriété ? C’est une aide de l’Anah versée au syndicat des copropriétaires, et non à chaque copropriétaire individuellement. Elle finance 30 % à 45 % du montant HT des travaux d’économie d’énergie sur les parties communes, sous condition d’un gain énergétique minimal de 35 % et d’un accompagnement par une AMO.
Quel gain énergétique faut-il pour obtenir l’aide de l’Anah ? Le seuil standard est de 35 % de gain énergétique après travaux. Une expérimentation permet un seuil réduit à 15 % pour les petites copropriétés de 20 lots maximum qui ne peuvent techniquement pas atteindre 35 %.
Qui vote les travaux de rénovation énergétique en copropriété ? L’assemblée générale des copropriétaires vote ces travaux à la majorité absolue de l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965. Si ce seuil n’est pas atteint mais que le projet recueille au moins un tiers des voix, un second vote immédiat à la majorité simple de l’article 24 est possible grâce à la passerelle de l’article 25-1.
MaPrimeRénov’ Copropriété est-elle cumulable avec les CEE ? Oui, dans la plupart des cas, dans la limite de 80 % du montant TTC des travaux tous financements confondus. Exception : le bonus de 20 % réservé aux copropriétés fragiles n’est pas cumulable avec les CEE.
Comment est répartie l’aide entre les copropriétaires ? Le syndic reçoit la totalité de l’aide, puis la répartit entre copropriétaires au prorata de leur quote-part de charges, exprimée en tantièmes ou millièmes — et non de façon égale entre les lots.
Quel est le délai de versement de l’aide ? L’Anah verse la prime après l’achèvement des travaux, sur présentation des factures et justificatifs. Le montant notifié à l’engagement du dossier peut être revu à la baisse si tous les travaux prévus ne sont pas réalisés, mais jamais à la hausse.