MaPrimeRénov’ Copropriété : comment ça marche?

Rédigé par Julien Moreau, Expert en Performance Énergétique Mis à jour le 30 septembre 2026 • 8 min de lecture

MaPrimeRénov’ Copropriété finance entre 30 % et 45 % du montant des travaux de rénovation énergétique réalisés sur les parties communes d’un immeuble, dans la limite de 25 000 € par logement. L’aide est versée par l’Anah au syndic, qui la répartit ensuite entre les copropriétaires selon leurs tantièmes. Le dossier ne peut être déposé qu’après un vote en assemblée générale et la désignation d’un accompagnateur obligatoire, l’AMO.

Voilà pour la réponse courte. La suite explique qui est concerné, combien vous pouvez réellement toucher, et surtout, comment se déroule le parcours du premier audit jusqu’au versement de l’argent.

Qu’est-ce que MaPrimeRénov’ Copropriété ?

MaPrimeRénov’ Copropriété est une subvention publique gérée par l’Agence nationale de l’habitat (Anah). Elle finance la rénovation énergétique globale des parties communes d’un immeuble : façades, toiture, chauffage collectif, ventilation. Elle peut aussi couvrir des travaux sur des parties privatives, comme le remplacement des fenêtres, lorsqu’ils sont votés dans l’intérêt collectif de l’immeuble.

Contrairement à une aide individuelle, elle n’est jamais versée à un copropriétaire seul. Elle est demandée par le syndic, au nom du syndicat des copropriétaires, et profite à tous les lots, qu’ils soient occupés par leur propriétaire ou loués.

Depuis 2024, MaPrimeRénov’ se divise en trois parcours distincts : le parcours par geste, la rénovation d’ampleur pour un logement individuel, et la copropriété. Si vous cherchez plutôt à financer des travaux dans votre propre appartement sans passer par un vote collectif, notre guide sur les conditions et montants de MaPrimeRénov’ en 2026 détaille le parcours individuel.

Quelles copropriétés sont éligibles ?

Une copropriété doit remplir trois conditions cumulatives pour prétendre à l’aide :

Condition Exigence
Immatriculation Être inscrite et à jour au registre national des copropriétés
Ancienneté du bâtiment Avoir été construit depuis au moins 15 ans
Part de résidences principales Au moins 65 % pour les copropriétés de 20 lots ou moins, 75 % au-delà

Une copropriété mixte, avec des commerces ou des bureaux au rez-de-chaussée, reste éligible tant que le seuil de résidences principales est respecté. C’est souvent ce seuil qui bloque les petits immeubles de centre-ville où les locaux commerciaux occupent une part importante des tantièmes.

Quels travaux sont financés ?

L’aide couvre l’isolation de la toiture et des murs, le changement du système de chauffage collectif, l’installation d’une ventilation, ainsi que certains travaux sur les parties privatives d’intérêt collectif comme le remplacement des fenêtres. La liste complète est fixée par l’Anah et inclut aussi l’étanchéité, les réseaux d’eau et certains travaux électriques.

La condition centrale reste le gain énergétique. Les travaux doivent permettre d’atteindre au moins 35 % de gain énergétique pour déclencher l’aide, et 50 % pour obtenir le taux maximal. Ce gain doit être démontré par une évaluation ou un audit énergétique, réalisé avant et après les travaux.

Deux précisions importantes pour 2026 :

  • Depuis le 1er janvier 2025, l’installation d’une chaudière à gaz n’est plus financée. Pour les dossiers déposés jusqu’au 31 décembre 2026, son remplacement peut encore compter dans le calcul du gain énergétique, mais son coût n’est pas pris en charge.
  • Une expérimentation permet aux petites copropriétés (20 lots d’habitation maximum, au moins 65 % de résidences principales) de n’atteindre que 15 % de gain énergétique, sous conditions strictes d’accompagnement. Ce régime est prévu jusqu’au 31 décembre 2029.

Avant tout dépôt de dossier, l’audit énergétique obligatoire permet de savoir précisément quel scénario de travaux atteint le seuil requis, et d’éviter un projet qui ne serait finalement pas finançable.

Combien rapporte MaPrimeRénov’ Copropriété ?

Le montant dépend directement du gain énergétique obtenu.

Gain énergétique Taux de subvention Plafond
Au moins 35 % 30 % du montant des travaux 25 000 € par logement
Au moins 50 % 45 % du montant des travaux 25 000 € par logement

Deux bonus peuvent s’ajouter à ce taux :

  • Sortie de passoire énergétique : +10 points si l’immeuble passe d’une classe F ou G à une classe D ou mieux au DPE.
  • Copropriété fragile : +20 points si le taux d’impayés de charges atteint au moins 8 % du budget voté de l’année N-2, ou si l’immeuble se situe dans un quartier prioritaire (NPNRU). Ce bonus est conditionné à la valorisation exclusive des certificats d’économies d’énergie (CEE) par l’Anah.

À cela s’ajoutent des primes individuelles, versées directement aux copropriétaires selon leurs ressources :

Catégorie de ménage Prime individuelle
Ressources très modestes 3 000 €
Ressources modestes 1 500 €

Ces primes se calculent sur le revenu fiscal de référence de l’année N-1, donc les revenus 2025 pour une demande déposée en 2026. Les barèmes diffèrent entre l’Île-de-France et le reste du territoire.

L’accompagnement obligatoire : AMO et maîtrise d’œuvre

Aucune copropriété ne peut obtenir cette aide sans un accompagnateur. L’assistance à maîtrise d’ouvrage, ou AMO, conseille le syndic sur le montage technique, financier et social du projet, du premier scénario de travaux jusqu’au suivi de chantier.

L’Anah finance 50 % du coût de cette prestation, dans une limite qui dépend de la taille de l’immeuble :

  • 1 000 € HT par logement pour les copropriétés de 20 logements ou moins
  • 600 € HT par logement pour celles de plus de 20 logements
  • avec, dans les deux cas, un plancher de 3 000 € par copropriété

Pour les chantiers dépassant 100 000 €, une mission de maîtrise d’œuvre complète devient également obligatoire, en plus de l’AMO. La demande d’aide pour l’AMO peut être déposée avant celle concernant les travaux eux-mêmes, ce qui permet de sécuriser le financement de l’accompagnement dès le départ.

Comment ça marche, étape par étape

Voici le parcours complet, dans l’ordre réel où il se déroule.

  1. Audit ou évaluation énergétique. Un professionnel évalue l’état du bâtiment et propose un ou plusieurs scénarios de travaux atteignant le seuil de gain énergétique requis.
  2. Vote en assemblée générale. Le recours à MaPrimeRénov’ Copropriété et les travaux doivent être votés à la majorité absolue, dite majorité de l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965 : c’est la majorité de tous les copropriétaires, présents, représentés ou absents. Si le vote obtient au moins un tiers des voix sans atteindre cette majorité, un second vote immédiat à la majorité simple de l’article 24 peut suffire.
  3. Désignation de l’AMO. L’accompagnateur est choisi au moment du dépôt de la demande, ou même avant.
  4. Dépôt du dossier par le syndic. Un dossier unique est déposé sur monprojet.anah.gouv.fr, avec le descriptif des travaux, les devis, le rapport énergétique et, pour un syndic professionnel, son numéro de SIRET.
  5. Attente de la décision. Les travaux ne doivent commencer qu’après réception de la notification officielle par mail. Démarrer avant fait courir le risque de perdre le droit à l’aide.
  6. Réalisation des travaux et versement. Les entreprises doivent être certifiées RGE. Une fois les travaux réceptionnés, l’Anah verse la prime au syndic, qui la répartit entre les copropriétaires selon leur quote-part en tantièmes.

Comptez généralement entre 12 et 24 mois entre le premier audit et le versement effectif de la prime, selon la taille de la copropriété et la complexité des travaux votés

Exemple chiffré : une copropriété de 20 logements

Prenons un immeuble construit en 1978, composé de 20 logements, tous en résidence principale. Le syndic fait voter un programme d’isolation des murs extérieurs et le remplacement de la chaudière collective par une pompe à chaleur.

  • Montant total des travaux : 480 000 € HT, soit 24 000 € par logement (sous le plafond de 25 000 €)
  • Gain énergétique atteint : 50 % → taux de 45 %
  • L’immeuble passe d’une étiquette F à une étiquette D → bonus sortie de passoire de +10 points
  • Taux final appliqué : 55 %

Aide MaPrimeRénov’ Copropriété : 55 % × 480 000 € = 264 000 €

À cela s’ajoutent :

  • Le financement de l’AMO : plafond de 1 000 € HT × 20 logements = 20 000 €, financé à 50 %, soit 10 000 € pris en charge par l’Anah
  • Les primes individuelles : 5 foyers aux ressources très modestes (5 × 3 000 € = 15 000 €) et 4 foyers aux ressources modestes (4 × 1 500 € = 6 000 €), soit 21 000 € versés directement à ces ménages

Au total, environ 295 000 € d’aides sont mobilisées sur un projet de 480 000 €, avant même de compter les aides complémentaires comme les CEE. Le reste à charge collectif, réparti aux tantièmes, tombe alors sous les 45 % du coût initial des travaux.

Peut-on cumuler MaPrimeRénov’ Copropriété avec d’autres aides ?

Oui, sur plusieurs fronts. Les certificats d’économies d’énergie (CEE) et l’éco-prêt à taux zéro copropriétés peuvent compléter le plan de financement collectif. Un copropriétaire peut aussi cumuler l’aide collective avec MaPrimeRénov’ individuelle s’il souhaite financer des travaux dans son propre appartement, en dehors de ce qui relève de l’intérêt collectif : par exemple, rénover une salle de bain avec un budget maîtrisé reste un projet individuel distinct des travaux votés en assemblée.

En revanche, l’aide collective ne se cumule pas avec les aides individuelles de l’Anah portant sur les mêmes travaux, ni avec MaPrimeAdapt’. Pour un propriétaire bailleur, ces travaux collectifs ont aussi un effet direct sur la valorisation du bien en vue d’une revente, un point souvent négligé dans les discussions en assemblée générale.

Erreurs fréquentes qui retardent ou bloquent un dossier

  • Démarrer les travaux avant la notification officielle. C’est la cause de refus la plus évitable et la plus fréquente.
  • Une immatriculation périmée au registre national des copropriétés. Le syndic doit vérifier cette mise à jour avant tout dépôt.
  • Confondre les majorités de vote. Un vote mal comptabilisé entre l’article 24 et l’article 25 peut invalider la décision d’assemblée générale.
  • Déposer le dossier sans AMO désigné. L’accompagnement doit être en place dès le montage du dossier, pas après.
  • Viser 35 % de gain sans audit fiable. Un scénario de travaux mal chiffré peut échouer à atteindre le seuil requis une fois les travaux terminés, ce qui remet en cause l’aide.
  • Oublier le SIRET du syndic professionnel. Une pièce manquante suffit à ralentir l’instruction du dossier de plusieurs semaines.
  • Sous-estimer les délais budgétaires. L’enveloppe Anah est limitée chaque année : un dossier déposé tardivement peut attendre l’exercice suivant.

FAQ MaPrimeRénov’ Copropriété

Qui touche l’argent de MaPrimeRénov’ Copropriété ?
Le syndic reçoit la prime pour le compte du syndicat des copropriétaires, puis la répartit entre les copropriétaires selon leurs tantièmes.

Un copropriétaire peut-il demander seul cette aide ?
Non. Seul le représentant légal de la copropriété, syndic professionnel, bénévole ou administrateur provisoire, peut déposer le dossier.

Que se passe-t-il si le gain énergétique est inférieur à 35 % ?
Le projet n’est pas éligible au régime général, sauf pour les petites copropriétés qui remplissent les conditions de l’expérimentation à 15 % de gain, valable jusqu’au 31 décembre 2029.

MaPrimeRénov’ Copropriété est-elle cumulable avec les CEE ?
Oui. Les certificats d’économies d’énergie peuvent compléter le financement, et sont même une condition obligatoire pour obtenir le bonus copropriété fragile de 20 points.

Combien de temps prend l’ensemble de la démarche ?
Comptez généralement 12 à 24 mois entre l’audit énergétique initial et le versement de la prime, selon la taille de l’immeuble et la complexité du projet.

Un locataire peut-il bénéficier de cette aide ?
Pas directement. L’aide profite au syndicat des copropriétaires et, indirectement, aux propriétaires bailleurs, sans effet automatique sur le montant du loyer en cours de bail.

Questions Fréquentes (FAQ)