MaPrimeRénov’ Copropriété : le guide complet pour financer vos travaux de rénovation énergétique en 2026

Rédigé par Julien Moreau, Expert en Performance Énergétique Mis à jour le 29 juillet 2026 • 8 min de lecture

MaPrimeRénov’ Copropriété est une aide financière versée par l’Anah au syndicat des copropriétaires. Elle finance entre 30 % et 45 % du montant HT des travaux de rénovation énergétique réalisés sur les parties communes d’un immeuble collectif, à condition d’atteindre un gain énergétique d’au moins 35 %. Ce guide détaille les conditions d’éligibilité, les montants applicables en 2026, les étapes de la demande et les aides cumulables, avec un exemple chiffré complet.

Qu’est-ce que MaPrimeRénov’ Copropriété ?

MaPrimeRénov’ Copropriété est une subvention collective de l’Anah (Agence nationale de l’habitat), destinée à financer les travaux d’économie d’énergie réalisés sur les parties communes d’un immeuble en copropriété. Contrairement à MaPrimeRénov’ individuelle, elle ne cible pas un logement précis mais l’ensemble du bâtiment.

Une aide unique versée au syndicat des copropriétaires

L’aide est demandée et perçue par le syndic, pour le compte du syndicat des copropriétaires, quelle que soit la situation de chaque copropriétaire (occupant, bailleur, résidence secondaire). Une fois les travaux terminés et l’aide versée, le syndic répartit la somme entre les copropriétaires au prorata de leur quote-part de charges, exprimée en tantièmes ou millièmes. Ce mode de fonctionnement simplifie fortement le dossier : un seul dépôt de demande, une seule décision de versement, une seule répartition à effectuer ensuite.

Pourquoi rénover sa copropriété aujourd’hui ?

Trois facteurs poussent les copropriétés à agir maintenant. D’abord, la loi Climat et Résilience interdit progressivement la location des logements classés F et G au DPE (les « passoires thermiques »), ce qui touche directement la valeur locative des lots. Ensuite, toutes les copropriétés construites avant 2013 doivent disposer d’un DPE collectif depuis le 1er janvier 2026, un document qui conditionne désormais l’accès à plusieurs aides et l’élaboration du plan pluriannuel de travaux (PPPT). Enfin, la hausse durable des prix de l’énergie rend les travaux rentables plus rapidement qu’il y a dix ans, ce qui change le calcul économique pour beaucoup de copropriétaires réticents.

Qui peut bénéficier de MaPrimeRénov’ Copropriété ? Les critères d’éligibilité

Pour être éligible, une copropriété doit remplir cinq conditions cumulatives :

  • Être immatriculée et à jour au Registre national des copropriétés (RNC), tenu par l’Anah.
  • Compter au moins 65 % de lots en résidence principale pour les copropriétés de 20 lots ou moins, ou 75 % pour celles de plus de 20 lots.
  • Être composée à 100 % d’habitation ou de mixte habitation/professionnel (un immeuble en monopropriété n’est jamais éligible, même géré par un bailleur social).
  • Avoir été construite depuis au moins 15 ans.
  • Faire réaliser les travaux par des entreprises certifiées RGE (Reconnu Garant de l’Environnement), après un audit énergétique préalable.

Les conditions liées à la copropriété

L’immatriculation au Registre national des copropriétés n’est pas une formalité optionnelle : sans numéro d’immatriculation valide, le dossier est automatiquement rejeté par l’Anah, quelle que soit la qualité du projet technique. Le seuil de résidences principales a été assoupli le 1er janvier 2024, passant de 75 % à 65 % pour les petites copropriétés de 20 lots ou moins, afin de ne pas exclure les immeubles avec une part significative de bailleurs.

Les exigences techniques du projet

Le gain énergétique minimal exigé est de 35 %, mesuré par un audit énergétique réalisé avant travaux. Une expérimentation est actuellement ouverte pour les petites copropriétés (20 lots d’habitation maximum, au moins 65 % de résidences principales) qui ne peuvent pas atteindre ce seuil : un gain de 15 % seulement peut y être accepté. C’est une information rarement mentionnée mais utile pour les immeubles anciens aux contraintes techniques ou patrimoniales fortes (façade classée, copropriété enclavée, etc.).

L’obligation d’être accompagné par une AMO

Depuis la réforme de 2020, le recours à une Assistance à Maîtrise d’Ouvrage (AMO), aussi appelée Mon Accompagnateur Rénov’ (MAR) en copropriété, est obligatoire pour déposer un dossier. L’AMO est une structure distincte du syndic — bureau d’études thermiques ou opérateur partenaire de France Rénov’ — chargée de construire le projet technique, de rédiger le cahier des charges, de mettre en concurrence les entreprises RGE et de monter le dossier Anah. Son coût est plafonné à 1 000 € HT par logement, avec un plancher de 3 000 € pour les petites copropriétés, et il est partiellement subventionné par l’Anah. Pour les travaux dépassant 100 000 €, une mission de maîtrise d’œuvre complète, réalisée par un professionnel, est également exigée en plus de l’AMO.

Quel est le montant de MaPrimeRénov’ Copropriété en 2026 ?

Le taux de financement dépend directement du gain énergétique obtenu après travaux : 30 % du montant HT des travaux pour un gain d’au moins 35 %, et 45 % pour un gain d’au moins 50 %. Le montant de travaux pris en compte est plafonné à 25 000 € HT par logement.

Gain énergétique après travauxTaux de financement de basePrime maximale (plafond 25 000 €/logement)
35 % à 49 %30 %7 500 €
50 % et plus45 %11 250 €
Copropriété fragile* + sortie de passoire thermiquejusqu’à 75 % au totaljusqu’à 18 250 €

*Une copropriété est dite « fragile » lorsque son taux d’impayés de charges atteint au moins 8 % du budget voté de l’année N-2.

Les bonus cumulables

Deux bonus viennent s’ajouter au taux de base. Le premier, de 10 %, récompense la sortie du statut de passoire thermique : l’immeuble doit passer d’une classe F ou G à une classe D minimum au DPE. Le second, de 20 %, cible spécifiquement les copropriétés fragiles ou en difficulté. Ce bonus de 20 % n’est en revanche pas cumulable avec les Certificats d’Économie d’Énergie (CEE) : il faut arbitrer entre les deux selon ce qui est le plus avantageux pour le projet.

Les primes individuelles pour les ménages modestes et très modestes

En plus de l’aide collective, chaque copropriétaire aux revenus modestes touche une prime individuelle forfaitaire de 1 500 €, et chaque copropriétaire très modeste une prime de 3 000 €. Ces primes sont versées directement au ménage concerné, via une enquête sociale menée en amont, indépendamment du montant de l’aide collective. Ce mécanisme se distingue des primes par geste de .

Exemple chiffré : une copropriété de 10 lots

Prenons une résidence fictive de 10 logements, tous occupés en résidence principale, immatriculée au RNC et construite en 1985. Le projet porte sur l’isolation thermique par l’extérieur et le remplacement de la chaudière collective, pour un budget de 220 000 € HT, soit 22 000 € par logement — sous le plafond de 25 000 €.

Premier scénario : l’audit prévoit un gain énergétique de 42 %. Le taux applicable est de 30 %, soit une aide Anah de 66 000 € (30 % × 220 000 €), répartie ensuite selon les millièmes de chaque lot — en moyenne 6 600 € par logement, mais pas de façon strictement égale si les tantièmes diffèrent.

Second scénario : en ajoutant une pompe à chaleur plus performante, le projet atteint 52 % de gain énergétique. Le taux passe alors à 45 %, portant l’aide à 99 000 € — soit 33 000 € de plus que dans le premier scénario, pour un surcoût de travaux généralement bien inférieur à cet écart d’aide.

Sur ces 10 lots, si 3 ménages sont classés modestes et 2 très modestes, ils touchent en plus 3 × 1 500 € + 2 × 3 000 € = 10 500 € de primes individuelles, cumulables avec l’aide collective. Le reste à charge, une fois l’aide Anah déduite, peut être financé via un éco-PTZ collectif, sans avance de trésorerie individuelle.

Comparaison du montant de l'aide MaPrimeRénov Copropriété selon le gain énergétique obtenu

Comment ça marche concrètement ? Les étapes, de l’idée au versement

Voici les cinq étapes qui structurent un dossier MaPrimeRénov’ Copropriété, de la première idée jusqu’au versement de l’aide.

  1. Réalisation de l’audit énergétique. Un bureau d’études évalue l’état thermique de l’immeuble et modélise le gain énergétique attendu selon différents scénarios de travaux. Ce document sert de base à toute la suite du dossier.
  2. Recours à l’AMO (Assistance à Maîtrise d’Ouvrage). L’AMO reprend les conclusions de l’audit, construit le projet technique définitif, chiffre les travaux et prépare les pièces du dossier Anah.
  3. Vote des travaux en Assemblée Générale. Le conseil syndical présente le projet et les devis. Le vote se déroule selon des règles de majorité précises, détaillées ci-dessous.
  4. Dépôt du dossier et réalisation des travaux. Le syndic dépose la demande d’aide auprès de l’Anah, puis les entreprises RGE sélectionnées exécutent les travaux votés.
  5. Versement de l’aide et répartition. Une fois les travaux terminés et les justificatifs transmis, l’Anah verse la prime au syndicat des copropriétaires, qui la répartit ensuite entre copropriétaires selon les millièmes.

Quelle majorité de vote pour les travaux de rénovation énergétique ?

C’est l’un des points les plus mal expliqués sur le sujet, alors qu’il détermine si une décision d’AG peut être annulée en justice. Les travaux d’économies d’énergie relèvent, par principe, de la majorité absolue de l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965 — c’est-à-dire la majorité de toutes les voix du syndicat, y compris celles des copropriétaires absents.

ArticleMajorité requiseApplication aux travaux énergétiques
Article 24Majorité des voix exprimées des présents, représentés ou votants par correspondanceVote des études préalables (audit, DTG)
Article 25Majorité de toutes les voix du syndicat, présents et absentsVote de principe des travaux d’économies d’énergie
Article 25-1 (passerelle)Majorité de l’article 24, si le premier vote a recueilli au moins un tiers des voix de tous les copropriétairesSecond vote immédiat, en cas d’échec du vote à la majorité absolue, lors de la même assemblée

Cette « passerelle » de l’article 25-1 a été supprimée en 2019 puis réintroduite par la loi Habitat Dégradé du 9 avril 2024, après avoir été critiquée par les professionnels du secteur qui la jugeaient indispensable pour débloquer des projets soutenus par une minorité significative de copropriétaires. Erreur fréquente à éviter : certains syndics appliquent par réflexe la double majorité de l’article 26, réservée aux transformations lourdes de l’immeuble, alors que de simples travaux d’isolation ou de changement de chaudière collective relèvent de l’article 25. Vérifier le bon fondement juridique avant la convocation évite une contestation ultérieure de la décision.

Frise des cinq étapes pour obtenir MaPrimeRénov Copropriété

Quelles aides peut-on cumuler avec MaPrimeRénov’ Copropriété ?

MaPrimeRénov’ Copropriété se cumule avec plusieurs autres dispositifs, dans la limite légale de 80 % du montant TTC des travaux pour l’ensemble des aides publiques et privées perçues.

Certificats d’Économie d’Énergie (CEE) : cumulables ou non ?

Les CEE sont cumulables avec MaPrimeRénov’ Copropriété, sauf lorsque la copropriété bénéficie déjà du bonus de 20 % réservé aux copropriétés fragiles : dans ce cas précis, il faut choisir entre les deux, le bonus fragile étant alors valorisé directement par l’Anah plutôt que par un opérateur CEE.

L’Éco-PTZ Copropriété : financer le reste à charge à taux zéro

L’éco-prêt à taux zéro collectif permet de financer le reste à charge sans intérêts, jusqu’à 30 000 € par logement pour des travaux combinant au moins trois actions de rénovation, et jusqu’à 50 000 € par logement pour une rénovation globale. Depuis 2024, ce prêt est facilité par une notification d’engagement de l’Anah transmise directement aux banques partenaires, ce qui accélère l’instruction du dossier de financement.

Les aides locales des collectivités territoriales

Certaines régions, départements ou métropoles proposent des aides complémentaires à la rénovation énergétique en copropriété, avec des montants et conditions propres à chaque territoire. Il est recommandé de vérifier ces dispositifs auprès de l’Espace conseil France Rénov’ local avant de finaliser le plan de financement, car ils entrent dans le calcul du plafond global de 80 %. Les travaux de rénovation énergétique bénéficient par ailleurs d’une TVA à taux réduit de 5,5 %, ce qui allège mécaniquement le montant total à financer.

Erreurs fréquentes et points de vigilance

Certaines erreurs reviennent régulièrement et retardent ou compromettent des dossiers pourtant solides sur le plan technique :

  • Déposer le dossier avant l’immatriculation RNC à jour. Un numéro d’immatriculation expiré ou incomplet entraîne un rejet automatique, sans possibilité de régularisation rétroactive.
  • Se passer d’AMO ou choisir un prestataire non reconnu. Sans AMO conforme, le dossier est irrecevable, quelle que soit la qualité des devis obtenus par ailleurs.
  • Voter sous le mauvais article de la loi de 1965. Une décision votée à la mauvaise majorité peut être annulée en justice dans les deux mois suivant la notification du procès-verbal.
  • Découper artificiellement les travaux pour rester sous un seuil. L’Anah évalue le gain énergétique sur le projet global, pas sur des tranches séparées : fractionner les travaux pour gonfler un taux affiché fausse le calcul et expose à un redressement de l’aide.
  • Oublier que le montant notifié à l’engagement ne peut être révisé qu’à la baisse. Si tous les travaux prévus au dossier initial ne sont finalement pas réalisés, l’aide est recalculée en conséquence ; elle ne l’est jamais à la hausse, même si les travaux finaux coûtent plus cher que prévu.

MaPrimeRénov’ Copropriété en 2026 : ce qui a changé et ce qui pourrait évoluer

La loi de finances 2026 a acté la réouverture complète des guichets MaPrimeRénov’ pour l’ensemble des parcours et des profils de revenus, sans modifier les règles ni les taux applicables à la version Copropriété. Ce point mérite d’être souligné : lors des suspensions budgétaires qui ont touché le Parcours accompagné individuel, le volet Copropriété a généralement continué à fonctionner sans interruption, les deux dispositifs répondant à des lignes budgétaires distinctes.

Autre nouveauté à surveiller : jusqu’au 31 décembre 2026, l’installation ou le renouvellement d’une chaudière gaz peut être intégré dans le calcul du gain énergétique global pour atteindre le seuil des 35 %, sans que le coût de cet équipement soit lui-même subventionné. C’est une tolérance temporaire, utile pour des copropriétés dont le projet global peine à atteindre le seuil autrement, mais elle ne doit pas être confondue avec un financement de la chaudière elle-même.

Enfin, plusieurs pistes de réforme circulent au niveau parlementaire — relèvement du plafond de travaux à 40 000 € par logement, renforcement du bonus BBC, conditionnement de l’aide à l’atteinte des classes A ou B du DPE. Ces évolutions ne sont, à ce stade, que des propositions d’amendement et n’ont pas été adoptées : elles ne doivent pas être anticipées dans un plan de financement actuel, mais elles donnent une indication de la direction que pourrait prendre le dispositif dans les prochaines lois de finances.

Questions fréquentes (FAQ) sur MaPrimeRénov’ Copropriété

Comment fonctionne MaPrimeRénov’ Copropriété ? C’est une aide de l’Anah versée au syndicat des copropriétaires, et non à chaque copropriétaire individuellement. Elle finance 30 % à 45 % du montant HT des travaux d’économie d’énergie sur les parties communes, sous condition d’un gain énergétique minimal de 35 % et d’un accompagnement par une AMO.

Quel gain énergétique faut-il pour obtenir l’aide de l’Anah ? Le seuil standard est de 35 % de gain énergétique après travaux. Une expérimentation permet un seuil réduit à 15 % pour les petites copropriétés de 20 lots maximum qui ne peuvent techniquement pas atteindre 35 %.

Qui vote les travaux de rénovation énergétique en copropriété ? L’assemblée générale des copropriétaires vote ces travaux à la majorité absolue de l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965. Si ce seuil n’est pas atteint mais que le projet recueille au moins un tiers des voix, un second vote immédiat à la majorité simple de l’article 24 est possible grâce à la passerelle de l’article 25-1.

MaPrimeRénov’ Copropriété est-elle cumulable avec les CEE ? Oui, dans la plupart des cas, dans la limite de 80 % du montant TTC des travaux tous financements confondus. Exception : le bonus de 20 % réservé aux copropriétés fragiles n’est pas cumulable avec les CEE.

Comment est répartie l’aide entre les copropriétaires ? Le syndic reçoit la totalité de l’aide, puis la répartit entre copropriétaires au prorata de leur quote-part de charges, exprimée en tantièmes ou millièmes — et non de façon égale entre les lots.

Quel est le délai de versement de l’aide ? L’Anah verse la prime après l’achèvement des travaux, sur présentation des factures et justificatifs. Le montant notifié à l’engagement du dossier peut être revu à la baisse si tous les travaux prévus ne sont pas réalisés, mais jamais à la hausse.